Et si l’entrepreneur de demain était indien ?

Publié le 06/04/2018

L’Inde est un pays à la pointe de l’innovation. A la tête de cet écosystème, la jeune génération est déterminée à faire évoluer le pays. Qui sont ces jeunes entrepreneurs ? Comment parviennent-ils à créer de véritable success stories dans un pays aux multiples contradictions ? Partez en voyage avec nous, au coeur de la jeunesse et de l’innovation indienne !

 

L’Inde. 1,2 milliards d’habitants. 29 états et 7 territoires de l’Union. 22 langues officielles et des centaines de dialectes.

L’inde, c’est le pays de la pluralité avec sa variété de religions et de cultures…mais aussi celui des contrastes, où la vie est un mélange détonnant de tradition et de modernité, où les gratte-ciels côtoient les slums et où le faste de Bollywood contraste avec la pauvreté.

L’Inde, c’est aussi une puissance économique de premier plan. Avec 7,5% de croissance annuelle, elle est aujourd’hui l’économie mondiale à la croissance la plus rapide.

Cette croissance repose sur une jeunesse indienne, éduquée et ambitieuse, se tournant de plus en plus vers l’entrepreneuriat. D’ailleurs, les quelques 5200 startups et les 10 licornes (startups valorisées à plus d’un milliard de dollars) du pays en font le 3ème écosystème d’innovation au monde, après les Etats-Unis et le Royaume-Uni (Nasscom Startup Report 2017).

A la tête de cet écosystème, la jeune génération est déterminée à faire évoluer le pays. Qui sont ces jeunes entrepreneurs ? Comment parviennent-ils à créer de véritable success stories dans un pays aux multiples contradictions ?

Pour répondre à ces questions, j’ai décidé de partir à leur rencontre et de participer à un voyage unique, appelé le Jagriti Yatra. Le Jagriti Yatra (qui signifie “voyage de l’éveil” en Hindi) est un voyage en Inde à la découverte d’entrepreneurs et d’acteurs du changement. Un voyage, certes, mais pas comme les autres.

Prenez un train (un train indien, un train authentique, un train qui n’a rien d’un TGV) et rassemblez-y 500 jeunes indiens, filles et garçons de tous les horizons, âgés de 20 à 27 ans. Ils sont issus des plus grandes écoles de management ou autodidactes, urbains ou ruraux, parlant anglais, hindi, ou tamoul, entrepreneurs, jeunes cadres ou encore étudiants… Certains ont quittés leur ville et prennent le train pour la première fois et d’autres sont revenus des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou encore de l’Australie pour participer à ce voyage.

Autant de parcours de vie, illustrant parfaitement la diversité du pays, et une réelle aspiration commune : celle d’apporter des solutions viables pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux de leur pays. Parmi ces participants se trouvent quelques internationaux dont j’ai eu la chance de faire partie.

Train en marche ! L’aventure commence. Maintenant, faîtes-les parcourir 8000 km en seulement 15 jours pour rencontrer les entrepreneurs les plus inspirants du pays qui ont réussi à développer des modèles économiques viables permettant d’améliorer durablement les conditions de vie de communautés locales dans différents secteurs (agriculture, eau et assainissement, santé, énergie, éducation, industrie, art et culture, …).

L’objectif du Jagriti Yatra ? Inspirer la jeune génération indienne, lui faire comprendre les réalités et les opportunités du pays et l’inciter à entreprendre pour construire l’Inde de demain.

Au départ, nous sommes tous de parfaits inconnus, venus avec des attentes et des objectifs différents. Petit à petit, nous apprenons non seulement à partager notre compartiment couchette de 10m2 mais aussi à débattre et confronter nos idées, nos rêves et nos projets. Politique, éducation, réchauffement climatique, égalité hommes-femmes, autant de sujets passionnants que nous partageons autour de repas épicés et sur fond de musique Bollywood, dans un train parcourant les quatre coins de l’Inde.

Durant ces 15 jours, j’observe les comportements, aspirations et motivations de mes compagnons de voyage pour tenter de déceler le secret de leur réussite. S’il n’existe pas de recette miracle pour devenir un entrepreneur à succès, je constate auprès de mes camarades un état d’esprit propice à la réussite et marqué par ces différents traits de caractère :

La persévérance

Depuis le lit superposé du compartiment couchette dans lequel nous vivons, Akshita, 23 ans, essaie de se concentrer sur ses candidatures pour intégrer une prestigieuse université américaine de l’Ivy League. Elle a quitté sa ville natale et sa famille pour poursuivre ses études d’ingénieur en mécanique des fluides. Passionnée par les sciences, elle réalise des expériences scientifiques pour lesquelles elle a publié des articles de recherches. Parallèlement, elle multiplie ses expériences, dans des concours d’innovation, s’engage comme mentor auprès d’étudiants et s’intéresse aux questions environnementales et au développement de solutions innovantes dans la gestion des déchets. Si sa famille (qu’elle ne voit que très rarement) lui manque, elle multiplie ses expériences et est prête à tout pour poursuivre son rêve américain.

Je partage aussi mon compartiment avec Manek, 25 ans, originaire du Gujrat qui est une des premières filles de sa communauté à poursuivre des études supérieures. Malgré la pression de sa famille qui tente de la convaincre de se marier et fonder une famille, elle a un rêve : partir étudier au Canada. Elle sait aussi qu’elle rentrera en Inde après ses études, pour développer l’accès à l’éducation pour les filles. Son parcours a d’ailleurs déjà inspiré plusieurs jeunes filles de sa communauté à étudier.

Ce que j’observe au travers de ces histoires, c’est la volonté qu’ont les Indien(ne)s de réussir. Depuis petits, ils sont en compétition les uns avec les autres et dans une course à la réussite effrénée. Les places pour intégrer les meilleurs établissements étant limitées, la sélection est rude. Obtenir les meilleures notes, rafler les trophées dans les concours de sciences, d’arts, les compétitions de sports et autres ne suffit pas à gagner de l’avance. Les indiens s’impliquent continuellement dans des projets associatifs, se portent bénévoles, ou montent des projets pour multiplier les expériences.

La résilience

Le mot “résilience” est un de ces buzz-words que l’on entend souvent depuis peu. Ce mot a enfin pris tout son sens durant ce voyage. La résilience des Indiens, je la remarque tout au long du voyage par leur capacité à trouver des solutions créatives dans des conditions d’adversité, et à voir en chaque contrainte une opportunité.

Problèmes d’infrastructure, inégalités sociales, pauvreté, nombreux sont les challenges auxquels l’Inde fait face. Dans ce contexte-là, les Indiens rivalisent d’ingéniosité pour améliorer les conditions de vie des communautés locales.

A Kanyakumari, notre premier arrêt dans le Sud de l’Inde, je rencontre Nishant, 25 ans, originaire du Rajasthan. Il a constaté que les vendeurs des petites échoppes de rue (appelées kirana stores) éprouvaient des difficultés à gérer leur comptabilité, la gestion de leur stock, or embaucher un comptable leur coûterait trop cher. Il a donc décidé d’utiliser l’intelligence artificielle pour aider ces vendeurs à tenir une comptabilité de la manière la plus simple, via une application mobile. Un assistant personnel qui fonctionne avec un système de reconnaissance vocale permet aux vendeurs de simplement dicter leurs produits et les prix associés à l’application, qui se charge de compiler l’inventaire, d’établir des factures et de gérer la comptabilité du magasin.

Cet exemple illustre la fameuse débrouillardise (plus connue sous le nom de « jugaad »)qu’ont développée les indiens. Avec l’adoption rapide des nouvelles technologies, ils utilisent le pouvoir du digital pour résoudre les enjeux et problématiques du pays.

L’optimisme

Les conditions dans lesquelles nous vivons dans le train sont assez déstabilisantes et il me faut quelques jours pour m’adapter. Se frayer un chemin au milieu de la foule pour accéder au compartiment de douches, et faire 2 heures de queue pour pouvoir prendre une douche froide en 2 minutes chrono, s’adapter à la nourriture épicée, passer de +30 à -5 degrés en traversant l’Inde du Sud au Nord en quelques jours, être soudainement avertie d’un retard de train de 8h, …

Pourtant, au milieu de ce chaos, le vacarme indien me paraît étonnement calme par rapport au concert de plaintes qui aurait émané d’un train rempli de mes compatriotes français. Les indiens gardent leur calme et les choses finissent par s’organiser naturellement.

Ils ont cette capacité à toujours voir les choses du bon côté. Chaque accomplissement et chaque victoire est systématiquement célébrée et appréciée. Certains indiens vous expliqueront que dans la complexité dans laquelle ils ont grandi, ils n’ont qu’une seule solution pour réussir, être optimiste !

L’audace

Je fais la connaissance de Vishnu, originaire de Coimbatore dans le Sud de l’Inde. Il a commencé son aventure entrepreneuriale à l’âge de 13 ans. Au départ, il tient un blog où il poste des billets sur des téléphones mobiles et autres gadgets informatiques. Curieux, il comprend rapidement le fonctionnement du référencement sur internet et réussit à classer son blog parmi les premiers liens sur les moteurs de recherche. Il commence à proposer des services de référencement et de marketing digital à des professionnels. Au vu du succès de son activité, il embauche son premier employé à 14 ans. A 15 ans, il décide de quitter l’école pour poursuivre son rêve d’entrepreneur. Il s’envole alors pour les Etats-Unis à l’âge de 17 ans où il se retrouve en face de potentiels clients et perfectionne son anglais sur le tas. Sans trop le savoir, Vishnu est en train de construire une véritable success story. Aujourd’hui, son entreprise implantée en Californie et dans le Tamil Nadu compte 55 employés et réalise un chiffre d’affaires annuel de plusieurs millions de dollars. A 23 ans, Vishnu est aujourd’hui entrepreneur, conférencier et investit lui-même dans des jeunes pousses indiennes prometteuses. Il est un de ces « self-made » entrepreneur que je ne pensais pouvoir croiser qu’aux Etats-Unis. Pourtant je remarque que l’Inde regorge d’entrepreneurs tout aussi audacieux, si ce n’est plus…

L’esprit d’équipe

Vivre en Inde, c’est vivre constamment entourée de monde, et c’est ce que j’expérimente au cours de cette aventure. Au sein d’une famille ou d’une communauté plus élargie, les indiens vivent en groupe et font preuve d’un sens aigu de l’entraide et de la collaboration.

Malgré les différences de chacun, un sentiment d’appartenance à une communauté s’installe rapidement au sein du Jagriti Yatra. Nous apprenons à coexister, à nous entraider et formons un véritable collectif. Une dynamique forte et une énergie commune se ressentent au fil du voyage.

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Quand nous débarquons finalement du train à la gare de Mumbai, je réalise à quel point ces rencontres m’ont apporté une dose d’inspiration et d’humilité mais surtout une envie de partager cette expérience au plus grand nombre.

Les jeunes indiens évoluent dans des conditions extrêmement différentes des nôtres en Europe. Malgré le chaos, les difficultés et les problématiques de leur pays, ils prennent des risques, entreprennent, acceptent l’échec quand il le faut, et font preuve d’une grande détermination.

Alors, ne devrions-nous pas nous en inspirer ?

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