Vincent Verzat : Youtubeur activiste

Publié le 22/01/2018

Vincent Verzat est un youtubeur qui se bouge et qui veut faire bouger les autres ! Humour, vulgarisation et pédagogie sont les maîtres mots de sa chaîne Partager C’est Sympa. Une petite interview pour en savoir plus sur cette boule d’énergie que vous voyez souvent sur les réseaux sociaux de Place to B !

Qu’est-ce que c’est un « vidéaste actviste » ?

Un vidéaste activiste est un vidéaste qui a décidé d’utiliser son talent pour capter ce qu’il se passe dans ce monde avec une caméra pour traduire, transmettre, mettre en avant les activités des activistes, des militants. Des personnes qui se bougent !

Attention : je ne prétends pas être journaliste et encore moins neutre : je suis vraiment là pour faire de la mobilisation, pour soutenir le mouvement dans sa communication. J’ai un rôle actif.

Comment tout a commencé ?

Ça fait déjà deux ans que je travaille avec beaucoup d’ONG pour faire leurs vidéos de mobilisation et d’actions non-violentes. C’était encore plus clair pour moi le terme de « vidéaste activiste » étant donné que j’étais en plein coeur de l’action avec les activistes.

Ce qui m’a donné envie de lancer la chaîne Partager C’est sympa, c’est ce que je m’emmerdais un peu dans les montages classiques, et j’ai réalisé qu’on n’arrivait pas à tout dire dans ces vidéos. Parce qu’avec un montage de deux minutes, ultra punchy, centré sur une action d’une journée, on simplifiait le message au maximum. On faisait des raccourcis. Peut-être qu’on stimulait – et je pense que ça marchait bien – l’engagement de certains qui n’étaient vraiment pas loin de nous retrouver sur le chemin de la mobilisation. Mais pour d’autres, un petit peu plus éloignés, il n’y avait pas assez d’explications, il y avait trop de « on s’est compris ». « On s’est compris » : le forage en eau profondes c’est pas bien. Mais c’est bien aussi de prendre le temps d’expliquer pourquoi c’est mal.

J’ai toujours été vidéaste activiste en fait. Je n’ai jamais fait de vidéo commerciale classique. Dès le début, si je faisais de la vidéo c’était pour participer à construire un nouveau monde. Du coup j’ai toujours cherché et accepté des contrats avec des ONG que je soutenais, pour transmettre des valeurs qui étaient aussi les miennes.

Comment est-ce que tu as été sensibilisés à l’écologie ?

La sensibilisation à l’écologie… Je ne saurais pas te dire parce que cela remonte à vraiment mon héritage familial. J’ai fait énormément de scoutisme et j’ai toujours été dans la nature. Je suis bien conscient de ne pas être un être humain en apesanteur dans un monde dont il ne dépend pas.

Par contre, l’élément déclencheur de mon engagement dans l’écologie politique a été au sommet RIO+20. Je m’y suis retrouvé un petit peu par hasard pour représenter une ONG qui faisait de la transformation des conflits. C’était mon objectif de carrière à l’origine, je voulais travailler dans la transformation des conflits et la construction de la paix. À à RIO+20, en 2012, j’ai juste été hyper en colère de l’échec de cette conférence, de la manière dont la société civile était tenue à l’écart. Un certain nombre de chose m’ont fait dire qu’il fallait qu’on prenne le sujet entre nos mains. Il fallait qu’on essaie vraiment, en tant que citoyen, de faire tout ce qui était en notre pouvoir parce que ça ne viendrait pas de nos gouvernements.

 

Quel est le but de ta chaîne ?

Tout le sens de mon projet du Vlog des Gens qui se bougent et des vidéos que je fais sur ma chaîne, c’est de créer pleins de portes d’entrées. Avec pleins de niveaux d’engagement différent. Chacune des vidéos essaie de donner des moyens de s’engager. Souvent c’est dans la 3eme partie de la vidéo. Chacun peut choisir : « tiens moi je vais juste signer la pétition qu’il propose », « moi je vais me tourner vers l’ONG dont il parle », ou « moi carrément ça va être changer de mode de vie »… Chacune des vidéos essaie de donner des moyens de s’engager, des premières étapes pour qui souhaitent se lancer là-dedans.

Qui t’as inspiré dans ta démarche ?

Je n’ai pas forcément une réponse facile à cette question… Si je te dis Mandela, Martin Luther King… pour moi ce ne sont pas des gens qui me font planer et qui me mettent des étoiles dans les yeux. Parce que je vois des êtres humains qui ont été intelligemment entourés et qui ont su agir au moment où il fallait sans rien lâcher. C’est ça qui m’inspire. Moi j’aime bien voir qu’il y a des êtres humains qui ont porté des projets et qui n’ont rien lâché. Le fait qu’ils aient cette constance, et cet élan a fait que d’autres les ont rejoint. Pour moi le truc qui m’inspire beaucoup c’est juste l’analyse du monde. Plus je comprends ce monde, moins je me sens abattu devant sa marche ; plus je trouve des portes d’entrées pour faire bouger les lignes. Quand tu comprends comment le modèle néo-libéral est arrivé à être là où il est, tu vois les tenants et les aboutissants. Et tu vois différentes portes d’entrées pour le changer. Au passage tu réalises aussi que ça ne fait pas si longtemps qu’il est en place. Du coup c’est pas la fin de l’histoire de l’humanité.

 

Comment fais-tu pour écrire tes vidéos ?

Comment est-ce que je transmets ce sujet-là d’une manière entendable, utile et qui mène vers l’engagement : voilà la réflexion que j’ai tout le temps. Il y a plein de choses que j’essaie de mettre en place.

Le fait que je ne sois pas en bad devant ce dont je veux parler évite peut-être que les vidéos soient badantes. Après pour l’aspect vraiment pédagogique il y a pleins de choses que j’essaie de faire, mais clairement un des trucs les plus importants c’est de partir de la personne qui va regarder la vidéo. Se demande ce qu’elle a besoin d’entendre pour cheminer dans ce que j’essaie de partager. Prendre le temps de faire des rallonges dans des trucs qui sont évidents pour moi et couper dans des passages que je trouve hyper intéressants mais qui sont trop précis, trop spécifiques et qui ne sont pas nécessaires pour faire avancer le raisonnement de la personne qui regarde la vidéo.

Je ne pars pas de ce que j’ai envie de dire mais de ce que la personne peut entendre. Souvent je commence par écrire mes vidéos par ce que j’ai envie de dire et après ça je coupe à fond dans la vidéo, je réorganise et je rajoute des tonnes de métaphores dont moi je n’ai pas forcément besoin pour comprendre ce dont je suis en train de parler mais qui vont être utile pour des personnes qui débarquent. Un savoir est beaucoup mieux assimilé s’il se greffe à un autre savoir déjà acquis.

Après, il ne reste plus qu’a raconter une histoire. Peut-être que c’est quelque chose qu’on ne fait pas assez. Souvent on se concentre trop sur les faits. Dans mes vidéos j’essaie de raconter une histoire.

Pour moi raconter une bonne histoire c’est en trois étapes : contexte, problème résolution.

 

Résolution ? Tu as de vraies solutions alors ?

Là, tu prends le terme « résolution » dans un de ses sens qui est « on a résolu le problème, fin de l’histoire ». Je vais te donner un exemple. Contexte : Georges et Lucas montent en haut d’une colline. Problème : Lucas glisse et commence à dévaler la colline. Résolution : Georges s’élance derrière lui pour essayer de le rattraper. Je ne te dis pas s’ils ont réussi, je ne sais pas si ça va marcher, mais en tout cas on est en chemin pour résoudre le problème.

C’est ce que j’essaie de faire dans mes vidéos. Quand je propose de t’attaquer au problème de l’énergie, je vais juste te proposer de prendre ton petit contrat à Enercoop ou de mettre ton épargne à énergie partagée, terre de lien… Ce n’est pas ça qui va résoudre le problème mondial de l’énergie mais c’est un chemin de résolution, un chemin de solution, une piste.

Ce qui permet que je ne bade pas sur ce truc du climat c’est que je me dis, que ce que je peux faire de plus important est aussi la moindre des choses : marcher sur un chemin. Mettre mon énergie à construire un monde meilleur plutôt que de détruire ce que j’ai déjà. C’est ça que je propose dans mes vidéos : si on s’attaque à quelque chose, commençons d’abord par construire autre chose.

Sachant que ce contre quoi on se bat, et ce pourquoi on se bat ont des horizons à 50 ou 100 ans, je ne vois pas comment maintenir une énergie et un engagement sur une telle durée si je suis centré sur le résultat. Moi je trouve ça beaucoup plus logique de se concentrer sur le chemin et sur chaque étape et chaque. Célébrer les victoires et se concentrer sur ce qui peut être gagné.

 

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