Abeilles sur nos toits, même au bureau !

Publié le 22/08/2017

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Depuis de trop nombreuses années, les abeilles sont très menacées par l’utilisation massive de pesticides qui modifie leur milieu de vie. Ainsi, en 2016, selon l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), le taux de mortalité des abeilles s’est élevé à 30-35% en France. Sur la même période, la production française de miel s’est effondrée de 33,5%, selon France Agrimer, organisme lié au ministère de l’Agriculture. Alors que comme les autres insectes pollinisateurs, ils sont étroitement liés au maintien de la vie sur notre planète, nous menaçons leur existence. Témoins et souvent victimes des atteintes à l’environnement, les ruches, les abeilles et le miel qu’elles produisent constituent également un élément classique de sensibilisation et d’éducation pour les plus jeunes.

L’apiculture urbaine progresse rapidement

Pourtant, les abeilles avec leurs ruches ne sont plus l’apanage des campagnes et des apiculteurs professionnels. Les ruches urbaines ont fait leur apparition et se sont multipliées rapidement. Ainsi, lors d’un dernier recensement en 2015, Paris comptait déjà plus de 700 ruches. On les retrouvait même sur les plus hauts lieux de la capitale : Opéra, Place Vendôme, Luxembourg, etc.

Comment se fait-il que l’on installe des abeilles en ville et qu’elles puissent s’y trouver bien ? D’après la Ville de Paris, cela s’explique par « des températures plus clémentes, la diversité des plantations, les méthodes de culture sans engrais et sans pesticides, la multiplication des espaces verts, les plantations sur les terrasses, bords de fenêtres et les cours ». Comme nous le verrons plus bas, le tableau n’est néanmoins peut-être pas si idyllique pour nos amies citadines…

Qui sont vraiment les abeilles ? © Place To B

Ça butine au bureau

Une chose est sûre, dans de nombreuses villes françaises, de plus en plus d’entreprises se sont lancées elles aussi et les ruches se sont multipliées sur les toits des bureaux. Parmi celles-ci, icade, partenaire de Place to B, a installé 11 ruches au total sur le toit de son siège et aux alentours dans des bâtiments occupés par ses locataires. Sur l’ensemble de son patrimoine, icade fournit désormais un toit à près d’1 millions d’abeilles. La Ville de Paris, comme icade d’ailleurs, interdisant l’emploi de produits phytosanitaires sur leurs espaces verts, ces abeilles peuvent être moins exposées aux pesticides que dans d’autres endroits de France.

Au-delà de leur engagement RSE pour la biodiversité, les entreprises cherchent également à ce que leurs employés soient en contact direct avec leurs minuscules voisines. Par exemple, les employés d’icade peuvent bénéficier du miel produit par les abeilles et sont invités à récolter eux-mêmes ce miel sous le contrôle d’un apiculteur-formateur professionnel. Ainsi, les collaborateurs de l’entreprise sont sensibilisés, identifient cette action et bénéficient d’une approche ludique de la biodiversité en ville. Du côté des apiculteurs, ces services permettent bien-sûr de disposer d’un complément de revenus bienvenu.

Miel et datas

La dynamique est si positive que des projets innovants se lancent autour de ces ruches. Ainsi, Biocenys, entreprise toulousaine spécialiste de l’implantation de ruches en entreprise (Veolia, icade, Habitat Toulouse, etc), va s’associer à BeeGuard, qui développe une solution de suivi des ruches à distances grâce à l’internet des objets. Ensemble, elles pourront récolter des datas en temps réel comme le poids, la localisation, la température et l’hygrométrie (quantité d’humidité contenue dans l’atmosphère) des ruches mais aussi connaître les interventions réalisées sur les ruches par les apiculteurs.

Le but est de suivre les ruches à distance et d’offrir un service supplémentaire à ses clients. Pour les entreprises, non seulement il sera possible de repérer les éventuels problèmes (une chute de poids progressive peut, par exemple, signifier la perte de la colonie) en amont mais cela pourrait également leur servir à communiquer régulièrement sur l’état de la ruche auprès des salariés. L’ambition pourrait même être encore plus globale : « Nous pourrions même imaginer qu’un plus grand nombre de ruches soient connectées à l’échelle d’un territoire, pour fournir un indicateur environnemental encore jamais mis en place », imagine Emmanuelle Parache, fondatrice de Biocenys.

Vigilance nécessaire

Hélas, le tableau n’est peut-être pas si parfait. Certains apiculteurs qui avaient fait le choix de ces ruches en entreprises questionnent aujourd’hui ces pratiques voire en viennent à les arrêter complètement. Les raisons sont diverses. Alors que les apiculteurs ont l’habitude de travailler près du sol, dans des espaces verdoyants et sans bruit, ils sont ici amenés à installer les ruches sur des toits, en hauteur et parfois en devant passer par des couloirs techniques. Pas très bucolique donc. Des questions de risques et d’assurances se posent que ce soit pour l’apiculteur lui-même mais aussi pour les techniciens de passage qui vont côtoyer les ruches. Les responsabilités face aux risques restent hélas pour l’instant vagues du point de vue de la loi.

Pour les abeilles elles-mêmes, des questions se posent également. Le suivi par l’apiculteur est plus difficile et surtout les emplacements peuvent être mal adaptés aux abeilles. Les toits ne sont pas vraiment des zones saines en espaces urbanisés. Rejets de VMC, émanations gazeuses des ventilations ou encore particules fines voire rejets des cheminées ou incinérateurs. Plus encore, la ruche y est exposée aux vents ce qui est un vrai problème pour les abeilles. Et pour couronner le tout, la hauteur les obligent à descendre sur une longue distance pour trouver le pollen. Une distance qu’il faudra donc ensuite remonter avec la charge de nectar sur le « dos ». Les impacts sur la durée de vie des abeilles peuvent donc être réels.

Le pari de la sensibilisation

Pour toutes ces raisons, les apiculteurs doivent peser les pours et les contres lorsqu’il s’agit d’installer des ruches en milieu urbain et en entreprises. Entre réelles difficultés et opportunités rares, aussi bien en termes économiques que de sensibilisation du public. Des compromis devraient sans doute se développer à l’avenir, comme le parrainage de ruches par des entreprises : la ruche reste chez l’apiculteur mais les salariés peuvent suivre la vie de la ruche et reçoivent du miel de celles-ci !

Et vous, avez-vous la chance de disposer d’une ruche d’entreprise ? Ou en avez-vous déjà visité une en milieu urbain ? N’hésitez pas à nous en dire plus en commentaires et bonne dégustation de miel !

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