3 questions à Blaise Gonda, fondateur de l’Hermitage

Publié le 22/06/2017

Fenêtre ouverte sur vos idées

Anne-Sophie a posé trois questions à Blaise Gonda, fondateur de l’Hermitage, un domaine dans l’Oise dédié aux transitions : agriculture, numérique, énergie, formations… La campagne de crowdfunding est ouverte jusqu’au vendredi 23 juin, minuit.


Anne-Sophie : Comment est né ce projet ? (l’envie de base et l’opportunité d’y répondre ainsi !)

Blaise : Cela fait quelques années que l’on se connaît bien avec Jean Karinthi et Gaël Musquet. On est sur la même longueur d’ondes sur le rôle moteur, pionnier, souvent visionnaire, de la société civile ; sur les changements civilisationnels majeurs (et potentiellement positifs et émancipateurs !) qu’entraîne la révolution numérique, si nous ne perdons pas de vue l’intérêt général et les communs que nous pouvons co-produire ; et enfin, l’envie de faire des choses, là, tout de suite, sans attendre, et avec d’autres, portés par un élan collectif et citoyen.

On a su en septembre que l’Hermitage était en vente. C’est un domaine de 30 hectares, à Autrêches (Oise), à une heure de Paris (et pas loin non plus de Lille ou Bruxelles), 24 bâtiments, des bois, des terres agricoles. On s’est dit : et si on réinvestissait cet espace ? Qu’on en faisait le terrain d’une démarche citoyenne, portée par ces valeurs que nous partageons avec beaucoup d’autres ? Ensuite, tout est allé très vite.

En décembre on a réuni des proches et fait un weekend d’accélération à l’Hermitage avec tous ceux qui voulaient participer à l’aventure.

Le 13 mai, on a organisé des portes ouvertes à l’Hermitage — on a eu plus de 650 personnes de partout, venus de Compiègne, de Lille, de Paris, de Barcelone et de Guadeloupe — et avec 40 ateliers, des concerts et des expositions, on a un peu montré ce qu’on pouvait faire de cet espace si nous nous y mettions tous ensemble, constitués en un véritable collectif citoyen.

On a choisi une innovation technologique qui correspond à l’innovation sociale que l’on veut promouvoir : on a lancé notre campagne de crowdfunding sur Ulule le même jour, le 13 mai et reçu 20 000 euros en 3 jours.

Avec les fonds collectés, nous voulons pouvoir lancer les activités de la première année, qui nous permettront de pérenniser le projet. Les contributeurs ont vocation à rejoindre l’association que nous allons monter. Adhérents, ils pourront venir se ressourcer, se former, partager et apprendre ; et en parallèle, on montera des formations aux métiers de demain (permaculture, mécatronique, bâtiments à énergie positive, etc), on fera se rencontrer les innovateurs, les entreprises, les universitaires et les associations qui sont aussi portés par ces valeurs.

La campagne se termine vendredi 23 juin. En 40 jours seulement, on a déjà plus de 870 contributeurs et près de 87 000 Euros. Notre objectif : réunir 1200 contributeurs – l’union fait la force !  c’est ça un collectif citoyen ! –  et plus de 90 000 Euros pour faire décoller l’Hermitage une première année, dès septembre – si ça marche à l’Hermitage, ça peut marcher ailleurs !

Il est aussi possible de nous suivre sur Facebook et Twitter.

Que souhaitez-vous raconter comme histoire avec un tel projet ?

Justement, on ne veut pas se raconter d’histoires. On veut « faire » des choses, construire des choses ensemble pour vivre en cohérence avec nos écosystèmes. Aujourd’hui, les gens, nous tous, sommes prêts à nous mobiliser pour un projet qui est porteur de cohésion, de sens, d’autonomie pratique et éthique. D’une part, il est urgent d’innover, il y a une demande de neuf et de sens. D’autre part, il y a énormément d’énergies positives, une envie d’agir qui est là. Notre démarche est de montrer que l’on peut réconcilier ces deux tendances de fond dans nos sociétés. Sans blabla, directement, avec du « faire » et du collectif.

Alors l’Hermitage, c’est 3 choses : un espace, une démarche (collaborative et citoyenne autour des 4 axes) , un collectif (les centaines de contributeurs Ulule et soutiens type Acted, Five by Five, etc., qui ont rejoint le projet).

Très concrètement, on propose de travailler autour de 4 axes – l’agriculture, les bâtiments, le numérique, et le vivre ensemble. Qui tous ont une application concrète sur l’espace, la démarche, et le collectif.  Et respectivement :

  • de la formation en permaculture, un nouveau lien avec nos écosystèmes : important et porteur dans un endroit qui meurt de l’agriculture intensive et de la désertification ;
  • la rénovation énergétique, les 24 bâtiments énergivores étant autant de prototypes de bâtiments zéro carbone et méthane, énergie positive, etc ; on a commencé le diagnostic énergétique et on va installer des capteurs , rénover tout ça et en faire des démonstrateurs de solutions technologiques durables ;
  • le numérique, c’est le fait de faire (re)devenir les citoyens acteurs de leur résilience (les données peuvent sauver des vies), capables de demander des comptes (à des entreprises, des gouvernements qui accèdent à leurs données), et être « data-literate » parce qu’il en va de l’intérêt général et de ce que nous voulons faire ensemble de comprendre / maîtriser les technologies et réduire la fracture numérique ;
  • et le vivre ensemble, c’est la capacité à faire société, une société ouverte, qui expérimente, qui est forte de sa diversité, avec à l’Hermitage une capacité de 70 couchages, pour des formations, des séminaires, des escapades en mode « agriculture connectée », « fablab rural » etc, pour les particuliers comme pour les organisations.

Comment imaginez-vous la vie du lieu au quotidien, en vous projetant un peu ?

On a fait des infographies qui disent tout cela très simplement. Les voici.

La philosophie générale est simple. Nous croyons à l’autonomie, à l’expérimentation, au partage. Ces valeurs, nous pouvons les faire vivre à l’Hermitage.

Ce domaine a un potentiel phénoménal. Rassemblons-y des bidouilleurs, des permaculteurs, des citoyens engagés et des curieux, laissons-les causer, buller, cogiter ensemble, et nous faisons le pari que des solutions pratiques, concrètes pour répondre aux défis de nos sociétés y verront le jour très vite ! Ces solutions pourront être développées, testées grandeur nature, prototypées, fabriquées à l’Hermitage, puis ensuite se diffuser un peu partout en France  – et en Europe, en Afrique, dans les Caraïbes…

Exemples :

  • un atelier pour apprendre à faire du mobilier de récup’, ouvert aux adhérents, avec un formateur. Les meubles de vos grands-parents vont trouver une nouvelle jeunesse !
  • un fablab rural, 10-15 personnes pour rénover les ateliers du site et installer les machines (imprimantes 3D). Du fun, on apprend, on fait ensemble, avec des formateurs et des geeks. En 3 weekends, on fait en sorte que l’Hermitage puisse accueillir des particuliers, des chercheurs, des entreprises qui ont envie d’utiliser ces équipements.
  • En semaine, des formations / retraites / accélérations pour les organisations (entreprises, ONG, chercheurs)
  • Le weekend, les adhérents viennent filer un coup de main sur des activités proposées
  • En permanence, de la convivialité, du partage d’expériences et de l’ouverture – l’Hermitage pourra être ouvert en continu, si nous dépassons les 90 000 euros avant vendredi sur Ulule.

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