Eau, climat – Trois questions à Emmanuel Poilane, directeur de France Libertés

Publié le 16/11/2016

Le 8 novembre, un side-event intitulé « Eau et Climat. Rendre l’eau à la terre pour restaurer le climat » était organisé à la COP22. L’occasion de rencontrer l’ONG française France Libertés et d’évoquer les liens entre eau et climat.

Quelle place pour l’eau dans les négociations climatiques ?

L’eau est quasiment absente des négociations dans les COP. Pourtant l’eau est un bien commun qui doit être accessible à tous car il est l’élément constitutif de la vie.

C’est tout le sens de la présence de France Libertés durant deux jours, les 8 et 9 novembre. Le 8 pour le side event sur l’eau, le 9 pour la journée de l’eau en Zone bleue : débats le matin, et « dialogue eau » l’après-midi, pour mieux appréhender l’eau dans l’accord final en fin de deuxième semaine. Un compte-rendu de cet événement est à lire sur le site de France Libertés.

Eau, Planète et Peuples, avec la participation de France Libertés à la COP22 - photo France Libertés

Eau, Planète et Peuples, avec la participation de France Libertés à la COP22 – photo France Libertés

Le problème vient du fait que la problématique de l’eau est accaparée par des grands acteurs industriels, français, suez et Veolia, au sein du Conseil mondial de l’eau. Forcément, ce ne sont pas les plus objectifs pour promouvoir des solutions hors du marché de l’approvisionnement ou du traitement des eaux usées. Au contraire.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce Conseil mondial de l’eau ?

La nature a horreur du vide, et ce Conseil compense l’absence d’agence onusienne de l’eau. Les Nations unies n’ont sur ce sujet qu’un bureau créé en 2003, UN Water, qui sort un rapport tous les cinq ans et ne porte aucune ambition politique ; il se contente de valoriser les actions de l’ONU.

Face à cette absence, les multinationales de l’eau ont créé le Conseil mondial de l’eau, quasiment piloté par Veolia. Le premier forum de ce Conseil mondial a eu lieu en 1997 à Marrakech. Mais ça ne fonctionne pas car rien ne s’est passé ensuite. Ces multinationales de l’eau promeuvent et proposent des technologies très avancées, adaptées aux grandes villes par exemple, mais pas aux milieux ruraux ni aux petites villes. Ça ne résoudra rien des problèmes à la source.

La journée de l’eau de la COP 22 a mis cette inefficacité en lumière : le Conseil mondial de l’eau et surtout Suez et Veolia n’arrivent pas à imposer leurs solutions. Personne de haut niveau politique ne s’est déplacé pour cette réunion et même les ministres africains ont été relégués en fin de réunion pour quelques minutes d’intervention.

Quelles solutions défendez-vous de votre côté ?

Au niveau institutionnel tout d’abord.

Nous pensons qu’un tel sujet devrait être piloter par le RIOB (Réseau international des organismes de bassin). C’est le seul acteur à même de réunir des acteurs de l’eau sur la question du climat et de l’eau, sur une approche par bassin est-à-dire géographique, assurerait des choix dictés par les besoins locaux au service d’une action globale : moins d’érosion, etc.

Une coalition « eau-climat » pilotée par le RIOB serait à même de proposer des mesures de protection du cycle de l’eau, à l’opposée des mesures de simple traitement prônées par les multinationales.

On sait grâce au GIEC que les cycles de l’eau sont perturbés par le changement climatique. Ce n’est pas assez abordé. En fait dans les COP on parle trop exclusivement du CO2, des taux d’émission… C’est important mais finalement on éclaire sur les conséquences du réchauffement mais pas assez les éléments déclencheurs ni sur les dynamiques de renforcement du réchauffement climatique à l’œuvre.

Au niveau des solutions ensuite.

Nous défendons un travail spécifique sur les alternatives pour faire de l’eau un acteur de la lutte contre le changement climatique. Comme ce projet au Rajahstan, dans le district d’Alwar.

Une association indienne, Tarun Bharat Sangh, s’est attelée à recréer le système traditionnel des johades. Depuis 15 ans, les habitants du district, soit 700 000 personnes, ont pu récupérer de l’eau de pluie et arroser leurs champs, retrouver leurs puits, planter des arbres, et finalement retrouver un écosystème vivable grâce à un cycle vertueux entre la forêt, les sols, les nappes phréatiques et l’eau (résumé en français à la page 25 de ce PDF).

C’est ce qu’explique la vidéo ci-dessous

 

J’insiste sur les arbres et la forêt. Car les forêts sont certes des puits de carbone, mais elles sont aussi indispensables au cycle de l’eau : elles la font entrer dans la terre et jouent un rôle dans l’évapotranspiration. Un arbre, c’est 200 litres d’eau par an. C’est en luttant contre la déforestation, en végétalisant les villes, en diminuant les impacts de l’agriculture sur l’environnement qu’on retrouvera un cycle de l’eau favorable à la vie et qui diminue les effets du réchauffement climatique.

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