Jamais 2 sans (Habitat) 3 : gouvernements, citoyens et journalistes en route vers un Nouvel Agenda Urbain

Publié le 15/10/2016

À l’heure de l’urgence climatique, de l’urbanisation galopante et des disparités socio-économiques croissantes, peut-on sortir de l’impasse grâce à un plan d’action mondial véritablement durable ? C’est l’objectif de la conférence Habitat III qui commence lundi à Quito. Coup d’œil sur les singularités politiques, citoyennes et médiatiques de ce troisième rendez-vous bi-décennal de l’ONU.

habitat-iii

 

Politiques : qui peut vraiment refaire le monde ?

La capitale équatorienne est prête. Les hôtels sont bondés. Des délégations de presque tous les pays et plus de 40 000 personnes sont déjà sur place. Partout dans les endroits publiques des affiches l’annonce : Habitat III commence ce lundi. Après Habitat I à Vancouver en 1976 et Habitat II à Istanbul en 1996, l’ONU tiendra son troisième sommet mondial sur le logement et le développement durable des établissement humains du 17 au 20 octobre. Sur place pour couvrir le tout pour certains médias, je peine à organiser mon agenda tant les activités sont légions. En plus de sa programmation officielle, Habitat III attire de nombreux évènements parallèles : symposiums académiques, expositions artistiques, conférences thématiques, forums populaires. Tous les thèmes imaginables sont au programme : eau, climat, transports, infrastructures, droits, jeunesse, vieillesse, santé, diversité, accessibilité, alimentation, environnement, citoyenneté… Et pour cause : l’habitat ne se réduit nullement au logement. Il s’agit du nexus de la vie humaine et sociale dans toute sa complexité matérielle et immatérielle, rien de moins.

L’objectif de ce 3e sommet ? Adopter et mettre en œuvre le « Nouvel Agenda Urbain », une déclaration non contraignante censée guider les décideurs, leurs futures politiques et les agences de l’ONU durant les vingt prochaines années avec ce qui sera le « nouveau paradigme de l’urbanisation durable ». La bonne nouvelle ? Après plus de 2 ans de rencontres préparatoires et plusieurs versions négociées au fil des derniers mois, les États réunis en assemblée informelle à New York le 10 septembre se sont entendus sur un texte de 175 paragraphes qui sera soumis pour adoption finale à Quito. Vous cherchiez justement une lecture de chevet pour ce soir ? Consultez-le ici.

Précisons que ce Nouvel Agenda Urbain (NAU) n’est pas complètement « nouveau ». Il reprend beaucoup d’éléments du Programme pour l’habitat adopté à Habitat II (appelé en anglais Habitat Agenda), lequel empruntait lui-même beaucoup à la Déclaration de Vancouver adoptée à Habitat I. D’un autre point de vue, le NAU n’est pas vraiment « nouveau » en ce sens qu’il est simplement le premier agenda à se réclamer explicitement, non plus de l’habitat au sens large, mais de l’urbain en particulier. Certains attribuent ce glissement sémantique au fait que l’urbanisation a récemment franchi un cap historique, plus de la moitié de la population vivant désormais dans les villes. Une fatalité avec laquelle il faut certainement composer et que les plus optimistes voient comme un levier et une opportunité collective pour les citadins. Cela dit, le NAU restera marqué d’une nouveauté étant donné qu’Habitat III est le premier sommet de l’ONU depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur les changements climatiques et l’adoption des nouveaux Objectifs du développement durable, au premier chef l’Objectif 11 : « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». Le NAU est donc la première tentative pour intégrer et appliquer concrètement ces nouvelles ententes internationales.

Certaines questions demeurent pourtant en suspens. Comment nations et villes pourront bénéficier du NAU ? Comment le mettre en œuvre? Avec quelle structure de gouvernance et quel financement ? Autre subtilité importante : bien que dans ses applications locales ce plan d’action urbain mondial sera forcément du ressort des autorités municipales et régionales, celles-ci ne sont pas conviées à la table des négociations. Car l’ONU est une union de nations, pas de villes, et même s’ils sont des gouvernements légitimes, villes et régions n’ont auprès de l’ONU qu’un statut d’ONG. Le pouvoir de changer les choses est ainsi écartelé entre ceux qui peuvent décider et ceux qui peuvent agir. Paradoxe ? Disons plutôt un beau défi de collaboration politique ! Habitat III sera le théâtre d’un face à face historique entre les deux paliers gouvernementaux et les réseaux de villes sont déjà à pied d’œuvre. On trouve en première ligne Cités et gouvernement locaux unis (CGLU), le plus grand regroupement municipal international. CGLU tenait cette semaine, à Bogota, son Sommet mondial des dirigeants locaux et régionaux, un rassemblement unique au sortir duquel les délégations municipales présentes iront ensuite prendre part à Habitat III et feront entendre, dès dimanche, une déclaration commune aux dirigeants du monde. Les relations entre les deux paliers gouvernementaux s’annoncent pourtant sereines, les revendications conjointes des villes ayant déjà été incluses par les États au sein du Nouvel Agenda Urbain. L’union fait la force, dit-ton !

* Pour en savoir plus sur le Sommet de Bogota, consultez la salle de presse de l’évènement ou lisez ce communiqué de CGLU : Les voix locales annoncent à Bogota une nouvelle ère de gouvernements locaux forts et engagés.

 

Citoyens : entre espoir et résistance

Habitat III suscite différentes positions du côté de la société civile, qui a bénéficié d’un véhicule spécial pour s’organiser et s’exprimer en amont du sommet : l’Assemblée générale des partenaires (AGP). Proposée en 2014 par la Campagne urbaine mondiale et formellement adoptée par l’ONU en 2015, l’AGP a permis de mobiliser et de rallier des centaines de groupes d’intérêts variés à l’intérieur de 15 groupes constitutifs – les femmes, les professionnels, les jeunes, les personnes âgées, l’industrie, les travailleurs, les fermiers, les peuples autochtones, les médias, les parlementaires, le milieu communautaire, le milieu académique, les ONG et les municipalités – auxquels s’est récemment ajouté le 16e groupe des personnes handicapées. Tous ont pu se faire formellement entendre par l’entremise de l’AGP, pour informer et influencer les négociations et la rédaction du NAU.

Parmi la diversité de leurs revendications, insistons sur le « droit à la ville », devenu le mot d’ordre auquel se rallient des centaines d’organisations et on peut même dire qu’un nouveau mouvement social est né. Concept légal inédit issu de la pensée d’Henri Lefebvre, celui-ci est défendu depuis 2014 par la Plateforme globale pour le droit à la ville, qui fédère le mouvement. Victoire récente : le droit à la ville a été en partie intégré dans le NAU, qui propose « des villes pour tous, c’est-à-dire un usage et une jouissance équitables des villes et des établissements humains, vise l’inclusion et garantissant que tous les habitants, des générations actuelles et futures, sans discrimination d’aucune sorte, soient en mesure d’habiter et de produire des villes et des établissements humains de façon juste, sécuritaire, saine, accessible, abordable, résiliente, afin de favoriser la prospérité et la qualité de vie pour tous. » (paragr. 11). La Coalition Habitat International, l’organisation fondatrice de la Plateforme, s’est réjouie de cette inclusion dans le texte officiel, mais espère que le tout ne restera pas un simple vœu pieux. Après tout, les déclarations d’Habitat I et d’Habitat II ne proposaient-elles pas des engagements et des valeurs similaires ?

Se réclamant eux aussi du droit à la ville, d’autres groupes en désaccord plus ou moins complet avec le sommet officiel tiendront à Quito des sommets parallèles. Du 17 au 20 octobre, un séminaire international, intitulé Vers un Habitat 3 alternatif, se tiendra par exemple sur le thème « Est-ce que la ville qu’ils veulent est celle que nous voulons ? », pour explorer des stratégies et des programmes urbains que les organisateurs perçoivent comme plus démocratiques et audacieux. De façon encore plus explicite et radicale, la coalition Resistencia Habitat III, qui regroupe plus d’une cinquantaine d’organisations, organise du 14 au 20 un forum social populaire contre Habitat III intitulé « Toutes les voix de la résistance ». Comme d’autres groupes de citoyens, ces organisations mettent en garde contre le danger de la pensée magique, affirmant que le NAU risque d’être un « nouvel » échec si ne sont pas mis de l’avant de véritables régulations pour empêcher la privatisation des terres, la financiarisation des marchés immobiliers, les évictions forcées et les violations des droits humains, notamment.

Bref, si tous chantent la chanson du développement urbain durable, tous ne chantent pas à l’unisson. Et Quito sera cette semaine une grande chorale polyphonique, dans laquelle toutes les voix se feront entendre.

* Pour en savoir plus sur les critiques adressées à Habitat III, lisez par exemple : la déclaration de l’Assemblée de convergence des habitants, tenue dans le cadre du Forum Social Mondial 2016 à Montréal : Declaration of No Vox Network and FRAPRU – Convergence Assembly of inhabitants ; la déclaration du média indépendant Reclaiming Spaces : Without Human Rights and Social Regulation of Property Markets Habitat III will fail!

 

Médias : le quatrième pouvoir dans la balance

Parlant de voix, si vous n’aviez jamais ou peu entendu parler d’Habitat III auparavant, cela s’explique. Moins sexy que les olympiques et ayant moins l’apparence d’un thriller apocalyptique comme pouvait l’avoir la COP 21, le sommet n’a pas suscité jusqu’à présent l’attention qu’il mérite de la part des grands médias, et ce malgré les efforts de communication de l’ONU. Tout de même étonnant pour un processus vieux de 40 ans et qui porte sur notre façon d’habiter la planète, soit l’enjeu le plus concret qui soit pour ses habitants !

Cette carence a été remarquée par plusieurs organisations qui ont mis en place des initiatives pour promouvoir un « nouveau journalisme urbain ». Et comme l’internet et les médias sociaux ne sont plus ce qu’ils étaient en 1996 lors d’Habitat II, l’impact médiatique semble cette fois prometteur. Mentionnons d’abord l’initiative pionnière de l’ONU-Habitat appelée Urban Journalism Academy. Par une série de rencontres, l’initiative tente depuis 2014 d’outiller les journalistes locaux et internationaux pour mieux couvrir les enjeux actuels du développement urbain et ainsi permettre aux citoyens et à tous les acteurs de la société civile de mieux les comprendre. Plus d’une vingtaine de ces « académies » ont eu lieu jusqu’à présent au fil des activités préparatoires d’Habitat III, pour former des journalistes et d’autres professionnels des médias. La prochaine, dont voici le programme, aura lieu à Quito le 18 octobre.

Soulignons aussi le travail de fond réalisé par Citiscope, un média dont la mission est de mettre à profit le pouvoir du journalisme indépendant pour stimuler des innovations transformatrices à l’échelle urbaine. Depuis 18 mois, son projet Towards Habitat III – Cities at a Crossroad démystifie et documente chaque aspect du processus d’Habitat III grâce une banque de nouvelles, d’informations, de récits et de points de vue d’experts. En partenariat avec le journal The Gardian – Cities, Citiscope pilote aussi le projet Habitat III Journalism, une communauté de journalistes internationaux qui tentent de démultiplier leurs efforts de couverture de l’évènement grâce au partage d’informations et la (re)publication de leurs meilleures nouvelles.

De telles initiatives rappellent l’importance du quatrième pouvoir dans les décisions relatives à la vie démocratique urbaine et dans la mobilisation de chaque citadin, dont la qualité d’habitant d’un lieu donné et la nécessaire participation citoyenne sont au cœur du NAU. Afin que cette IIIe tentative onusienne pour reprendre en main notre urbanisation soit la bonne, ce type de journalisme engagé est aussi essentiel pour rappeler les objectifs et communiquer les solutions. Un atelier au programme d’Habitat III abordera d’ailleurs cette question du rôle des médias pour construire de meilleures villes. Vous l’aurez deviné, le tout est à mon propre « agenda urbain » de la semaine, dont j’entends bien vous faire un compte rendu. D’ici là, jetez un œil dans l’actualité ou inscrivez-vous au bulletin de Citiscope pour une couverture quotidienne exhaustive de l’évènement. Vous verrez qu’Habitat III a bel et bien des allures de film à suspense et que l’habitat est un thème beaucoup plus sexy qu’il n’y paraît !

* Pour en savoir plus au sujet des médias et d’Habitat III, consultez l’article de Citiscope : Can Habitat III prompt new focus on urban journalism?

Pour communiquer sur le sujet dans vos réseaux : @Habitat3 #Habitat3UN #NewUrbanAgneda

 

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