Habiller le monde sans déshabiller la planète

Publié le 11/12/2015

L’Herbe Rouge Mode ecoresponsable

« La Mode vend du rêve et nous l’achetons avec plaisir. Mais la Mode, c’est également une industrie qui fait vivre de manière plus ou moins équitable des millions de personnes dans le monde. Un vêtement, lui, parcourt souvent des milliers de kilomètres à travers le globe avant d’atterrir dans nos armoires. Au cours de son voyage, et tout au long de ce processus de fabrication long et complexe, il aura généré des impacts sur la terre et sur les hommes qui l’habitent. »

Minimiser l’influence des activités textiles sur l’avenir de la planète

Tout est dit dans le préambule à la Charte « Changer la Mode pour le Climat », signée le 8 décembre (à  l’initiative d’Isabelle Quéhé – Universal Love) par les professionnels de l’industrie textile française en présence de la Ministre de l’écologie, du Développement Durable et de l’Energie, Ségolène Royal: « La France accueille aujourd’hui la 21ème Conférence des Parties (COP21) sur les changements climatiques. C’est l’occasion de rappeler l’engagement de la Mode pour le Climat ».  Et de frapper les esprits pour faire de la France [et de Paris] la capitale mondiale d’une mode engagée.

Yves Dubief (Président de l’UIT, Union des Industries Textiles), Grégoire Giraud (vice-président de la Fédération de la maille et de la lingerie) et Eric Boël (Fondateur d’Altertex) délivrent un message commun : « cette charte formalise notre engagement pour une gestion durable et responsable de toute notre supply chain », déclarent-ils. Les entreprises françaises de mode ont investi dans la maîtrise de leur consommation énergétique, de leurs émissions de CO2, et de leurs rejets dans l’eau et dans l’air. C’est aussi un moyen pour elles de se différencier auprès de leurs donneurs d’ordres et du consommateur final ».

Car [ne l’oublions pas !], « le marché de l’industrie textile et de l’habillement est le 2ème au rang des activités économiques mondiales après l’industrie du pétrole, souligne Hélène Sarfati-Leduc, consultante experte Développement Durable et RSE en Mode Luxe et Textile, en préambule du colloque  « Changer la mode pour le climat », qui s’est tenu le 7 décembre au CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental). Cette industrie de la mode est aussi l’une des plus polluantes au monde et grande consommatrice de matières premières, d’eau et d’énergie ». Elle contribue en effet pour une grande part aux émissions de gaz à effet de serre, aussi bien au niveau de la production, du transport, que de l’entretien [source Carbon Trust].

Et pose problème en matière de justice sociale. [Permettons-nous un A Parte]. « Avec l’effondrement du Rana Plaza, les consommateurs ont désormais davantage conscience des conditions de fabrication de la mode, il faut continuer à les informer, nous en sommes au démarrage », conclut Isabelle Quéhé, citée par Céline Vautard dans son article sur la plateforme Mode Professionnelle Fashion United. Rappelons à ce sujet le combat du Collectif Ethique sur l’Etiquette qui interpelle les marques, suite à la tragédie du Rana Plaza au Bangladesh. La campagne #Soldées lancée il y a un an en soutien aux ouvrierEs textile est toujours en cours. Avec une pétition en ligne [Qui est la Moins chère] à signer ICI.

Rana Plaza Mode

Un colloque pour comprendre l’impact à toutes les étapes

Pas moins de 6 tables rondes pour cerner les problèmes et proposer des solutions pour une mode plus durable autour du cycle de vie du vêtement, du Design/Conception à l’Entretien et au Recyclage/Fin de vie, en passant par les Matières Premières, les Filature/Tissage/ Ennoblissement, sans oublier la Distribution.  De nombreux acteurs se sont succédés pour expliquer, questionner, proposer leurs solutions : une co-construction se dessine pour le monde de la mode avec les contributions des industriels déjà cités, de l’IFM, de la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre, de l’ENSAIT Roubaix, du bureau de style Martine Leherpeur, l’association Orée qui informe sur la biodiversité, et des créateurs engagés qui ont défilaient le 8 décembre à l’Hôtel du Préfet ( parmi eux citons Sakina M’Sa, L’Herbe Rouge, Freitag, les jeans 1083, Picture Organic Clothing, autant de marques éco-responsables à soutenir les yeux fermés).

« Les enjeux climatiques nous concerne au plus haut chef « , rappelle Hélène Leriche (Association Orée). Nous sommes super prédateurs sur les éco-systèmes, et cela finira par nous toucher, pays riche ou pas. » Et de prévenir : « il faut absolument arrêter la consommation de produits carbonés, c’est une dépendance terrible. Dans la nature, il n’y a pas de déchet, le déchet de la photosynthèse, c’est l’oxygène. Et c’est tant mieux pour nous. Nous sommes en interdépendance avec le Vivant. La mode a aussi contribué à l’organisation des paysages en France, la soie avec l’implantation des mûriers, ou encore les forêts de chêne-liège ». Tout comme le lin, notre fibre naturelle locale, zéro déchet et cultivée sans irrigation entre Caen et Amsterdam. Marie Demaegdt de la CELC (Confédération Européenne du Lin et du Chanvre) rappelle que le « lin protège les sols et les éco-systèmes » et que « la maille de lin est une innovation récente qui permet de développer la fibre lin au-delà de la mode, pour les composites bio-sourcés par exemple. Et que si chaque Français/e choisissait d’acheter une chemise en lin européen (vs en coton) cela permettrait d’économiser toute l’eau bue en un an par les Parisiens ».

[A ce sujet voir le baromètre du Lin 2015]. « Le cachemire a un bilan carbone moins bon que celui du lin », enchaine Cécile Lochard (Citizen Luxury). Jamais la pression de la ressource de cet « or doux » n’a été aussi forte. Une partition dramatique se joue en Mongolie intérieure:  désertification du désert de Gobi,  surpâturage des chèvres, changement climatique (avec des été de plus en plus chauds et des hivers polaires) qui décime les troupeaux… Tout cela pour assouvir notre appétence grandissante pour un cachemire accessible à toutes les bourse. Il est encore temps d’agir pour créer la première filière de cachemire durable. Gestion collective de l’eau, reconstruction des puits démantelés, création d’espaces dédiés au stockage du fourrage: avec Citizen Luxury nous nous employons à sensibiliser le secteur du luxe à ces sujets ».

Charte Changer la Mode pour le Climat

Cécile Lochard en pleine signature de la Charte Changer la Mode pour le Climat (CESE – 7 décembre 2015)

S’il faut arrêter la consommation des produits carbonés, alors quid des matières synthétiques sous-produits du pétrole), présentées par beaucoup comme la panacée ? Le recyclage sera-t-il le prochain modèle du futur de la mode? « Il faut remettre dans le circuit les vêtements dont nous ne voulons plus », renchérit Nathalie Ruelle (IFM). Puisque la nature ne crée pas de déchet, n’en créons pas non plus. » Mais un problème se pose. La fast-fashion (et ses tonnes de produits de mauvaise qualité qui envahissent le marché) ne permet pas une seconde vie en magasin. « Alors pourquoi pas du recyclage pour l’isolation ? «  conclura-t-elle.

Le recyclage, c’est justement le cheval de bataille d’Eco TLC. Toutes les fibres sont-elles recyclables ? « Potentiellement oui « , précise Alain Claudot d’Eco TLC (entreprise de collecte et de tri des textiles, linge et chaussures, ndlr). L’idéal est de récupérer la fibre (coton ou polyester) pour refaire du fil, même si la plus grande application est actuellement pour du non tissé ». Et de lancer ce message aux industriels : « Partout où vous pouvez substituer de la matière première recyclée à de la matière première vierge, faites-le ! ».

La créatrice Sakina M’Sa l’a bien compris. « Je crois en la traçabilité, souligne-t-elle. Je n’ai pas vraiment confiance dans les filière de coton bio. J’ai donc choisi le recyclage. Plus de 50.000 m de tissus sont brûlés chaque saison par les maisons de couture ! Donc je les recycle dans mes collections. Nous avons réussi à mettre en pratique les 3 piliers du développement désirable. Et nous voulons inspirer la nouvelle génération en lui donnant envie de consommer autrement, en achetant un vêtement parce qu’il est beau et qu’il va durer longtemps. » C’est aussi le moto de  Freitag, marque leader du recyclage de bâches de camion en sacs. Leur collection F-ABric (ligne de vêtement workwear en lin-chanvre et modal) est conçue pour aller jusqu’au compostage en fin de vie du produit.

Sakina M’SA Mode

Sakina M’Sa (sneackers VEJA) lors du défilé Changer la Mode pour le Climat – 8 décembre 2015

Consommer autrement : fastoche !

Alors pour  le consommateur lambda qui veut mieux faire ? De nombreuses possibilités s’offre à nous. « L’économie de la mode, la plus ancienne dans les besoins de l’humanité, est aussi aujourd’hui la première à se lancer dans l’innovation », conclura Corinne Lepage. Location de vêtement, partage de dressing, achats réfléchis, recyclage font partie d’un nouvel imaginaire. La mode a un rôle important à jouer, les créateurs aussi. En passant de l’art de l’éphémère à une nouvelle vision positive et désirable. Repensons notre shopping. Lisons les étiquettes. Achetons moins mais mieux. Portons nos vêtements plus longtemps. Lavons-les moins. Et recyclons !

Laissons le mot de la fin à Queen Vivien Westwood, invitée de Place to B  mercredi 9 décembre 2015. Elle présentait sa vidéo « Trouble in Paradise », un appel à l’engagement de la société civile pour le ‪#‎Climat‬

« Buy less. Choose well. Make it last. »

Vivien Westwood Mode

Auteure: Catherine Dauriac

Et en bonus, une petite interview vidéo de Frédéric Vuillot (Mediatico) et Flora Clodic, juste avant son intervention dans Place To Brief.

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