Économie de la nature dans l’économie humaine

Publié le 10/12/2015

Dialogue entre plusieurs mondes

La conférence, intitulée « L’économie sociale, solidaire et écologique : un modèle soutenable de développement économique ! » (avec un point d’exclamation, s’il vous plait), est co-organisée par l’Atelier, Centre de ressources régional de l’économie sociale et solidaire, et Natureparif, deux agences régionales franciliennes.

L’Atelier soutient l’économie sociale et solidaire, entrepreneurs sociaux et la multitude d’acteurs du secteur, tandis que Natureparif est dédiée à la biodiversité dans la région d’Île-de-France. Elles ont été créées respectivement en 2007 et 2008, avec la volonté de la région de faire progresser ces thèmes dans le milieu économique (une des compétences des conseils régionaux).

Dans une région comme l’Île-de-France qui revendique 30 000 entreprises de l’ESS, l’Atelier a tenu à faire témoigner au sein de l’espace Générations Climat des pionniers du lien entre l’économie et le développement durable. Natureparif promeut la biodiversité comme une des solutions au changement climatique, en assumant le débouché qu’elle peut offrir au monde économique.

Les invités représentent cette volonté de dialogue (malgré un manque regrettable de parité), entre environnement, nature, économie et gestion humaine, universitaire et praticiens:Hervé Defalvard, économiste et auteur de la Révolution de l’économie.

  • Hervé Defalvard, économiste et auteur de la Révolution de l’économie
  • Wojtek Kalinowski de l’Institut Veblen
  • Yann Fradin, directeur général de l’association Espaces
  • Sylvain Girard, directeur d’Écomouton

Animation assurée par Éric Larpin, journaliste. Il rappelle que les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont pionnières dans le recyclage, le bio, l’écologie urbaine, les transports doux… autant de secteurs et de services normalement pourvoyeurs de gaz à effet de serre quand ils sont assurés par des entreprises classiques (dans les déchets notamment).

Les interventions

Hervé Defalvard et Wojtek Kalinowski mettent particulièrement l’accent sur la notion d’économie territoriale, par opposition à l’économie mondialisée et financière qui n’a pas de territoire géographique, pas d’attache citoyenne. Car c’est précisément des initiatives citoyennes que naît la révolution écologique. Ainsi, le réemploi, pilier de l’économie circulaire, est-il né du don à Emmaüs. La même chose doit pouvoir être faite avec les questions environnementales.

L’approche territoriale peut aussi se faire de manière plus abstraite, Wojtek Kalinowski parle de frontière entre les économies des renouvelables et des fossiles. Des frontières très peu étanches, de l’argent gagné d’un côté vertueux peut en effet continuer à alimenter une économie peu vertueuse.

Hervé Defalvard pose la question suivante : « Quel levier l’ESS peut-elle utiliser pour déplacer les rapports de domination et inverser la donne, imposer et non plus subir, une logique de développement ? » Un des outils est la territorialisation de l’économie, dont les monnaies locales en sont le meilleur exemple. Si elles s’appuient sur une charte écologique et sociale à laquelle les participants doivent se conformer, elles peuvent être un puissant levier de transformation.

C’est un outil monétaire qui peut renforcer les économies territoriales et il est en bonne voie de reconnaissance officielle avec le rapport de Jean-Philippe Magnen (à télécharger sur le site de la Documentation française).

Des notions comme le territoire permettent de dépasser les contradictions internes de l’économie sociale et solidaire, la question des statuts par exemple, en insistant plus sur les points de rapprochement que sur les divergences. En un mot comme en cent, Hervé Defalvard conclut que la terre se portera mieux s’il y a plus de coopération que de compétition. Wojtek Kalinowski tempère : pour l’instant, ces critiques portées par l’économie territoriale n’a pas ou peu d’effet sur le réel.

De la théorie aux pratiques

Pour poursuivre le dialogue entre théorie et pratiques, la parole est ensuite à Yann Fradin, directeur général de l’association Espaces et Sylvain Girard, directeur d’Écomouton.

Espaces

Espaces a été créée il y a vingt ans, en 1995, lors de la fermeture des usines Renault de Billancourt. Yann Fradin résume la création simplement : « Une économie s’effondre, comment développe-t-on de l’emploi dans la nouvelle économie ? »
Renault remplissait en effet pendant les Trente glorieuses, comme beaucoup d’entreprises industrielles classiques, le rôle d’entreprise d’insertion : tout le monde pouvait y travailler et y monter socialement. Ce monde avait disparu.

Les 1700 salariés passés par Espaces, depuis vingt ans, font ou ont fait de l’entretien d’espaces verts, de jardins partagés (dix-sept jardins animés en Île-de-France), des activités de navigation douce sur la Seine…

L’enjeu actuel est la nécessaire hybridation : des ressources, du financements, etc. qui permettront de co-construire des initiatives locales, de territoire. Yann Fradin regrette, même si cela évolue dans le bon sens, que du point de vue des pouvoirs publics l’économie c’est  soit le tout marchand ou le tout non-marchand.

Il y a aujourd’hui une difficulté à faire revenir la nature dans l’économie sociale, finalement très « humaine », issue du socialisme du XIXe siècle. L’homme a toujours cherché à s’extraire de la nature, depuis qu’il bâtit des maisons. Ce retour de la nature est le chemin inverse de l’Histoire, c’est un retour vers nos racines. Comme le montrent des entreprises comme Écomouton.

Écomouton

L’entreprise Écomouton est sous statut SAS, un statut de la « vraie économie », mais qui profite des nouvelles façons de penser des pionniers évoqués plus haut, de l’aveu même de son directeur.

L’entreprise fournit des écopâturage pour entreprises. C’est-à-dire des moutons pour tondre sa pelouse plutôt que des machines. En tout et pour toute la France, ce sont 2,4 millions de mètres carrés, 1500 moutons et seize emplois d’humains (des bergers pour la plupart). Les espaces gérés sont reclassés en pâturages, alors qu’il s’agissait de terrains industriels.

Les conséquences écologiques positives sont immédiates car l’emploi d’un mouton génère des économies massives de pesticides. L’impact sur la biodiversité est quant à lui immédiat : les insectes ne sont plus broyés, ce qui signifie le retour des oiseaux également attirés par la fin du bruit… Ce silence profite aussi aux riverains et salariés, et à l’emploi : pour un emploi perdu avec l’arrêt de la machine à tondre, l’entreprise en crée un et demi. Côté humain toujours, on fête l’arrivée du mouton, là où jamais on ne fête l’arrivée d’une tondeuse, aussi belle soit-elle. L’entreprise joue aussi un rôle dans la sauvegarde de races en voie de disparition que sont ces moutons rustiques : Ouessant, Solognote…

Il est par contre encore difficile d’entrer dans les collectivités (même si des exemples existent comme à Bagnolet, Montreuil, Paris…), car il y a trop de politique, trop de réunions inutiles d’après Sylvain Girard… Même dans le privé, le contrat est souvent conclu grâce à des motivations individuelles de gens du terrain, plus rarement grâce aux cadres.

Adrien Saumier
photo : Atelier, Centre de ressources régional de l’économie sociale et solidaire

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