Storytelling & Ecologie #2 Anne-Sophie Novel

Publié le 23/10/2015

La plupart d’entre nous est aujourd’hui conscient de l’impact de l’homme sur son environnement. Tous les experts s’accordent à dire qu’il faut réagir rapidement face à l’urgence du réchauffement climatique. Mais à quelques semaines de la conférence internationale sur le climat, la COP21, qui se déroulera à Paris en décembre 2015, les français placent toujours la protection de l’environnement loin derrière le chômage, la délinquance ou le pouvoir d’achat (sondage Ipsos ).

Pourtant, nous parlons bien de survie de l’humanité à moyen, voire même à court terme.

D’où vient ce désintérêt ? Des médias et de la manière dont ils racontent l’écologie aujourd’hui ? Des mots que nous employons pour décrire notre rapport à la nature ? Comment raconter cette urgence vitale à laquelle nous faisons face et que nous devons résoudre, ensemble ? Pour répondre à cette question, Place to B propose une série d’entretiens intitulée « Storytelling & écologie ».

Dossier réalisé par Eve Demange

 

« L’écologie dans les médias ? On me dit : ah, ce n’est pas vendeur. »

Docteur en économie, auteur de l’incontournable et pétillant blog « Même pas mal » au journal Le Monde, journaliste et auteur d’ouvrages de référence sur l’économie collaborative, Anne-Sophie Novel lance l’aventure Place to B pour mobiliser la communauté médiatique et artistique avant la conférence internationale sur le climat. Cette écologiste engagée, passionnée et positive nous raconte les rapports compliqués qu’entretiennent les médias avec l’écologie aujourd’hui.

Place To B : Anne-Sophie, que penses-tu de la manière dont on parle de l’écologie dans les médias aujourd’hui ?

Anne-Sophie Novel : Place to B est née d’une réflexion menée depuis 5 ans sur la manière dont les médias traitent de l’écologie. Je constate une forme de « négligence » aujourd’hui. On me dit souvent : « l’écologie ? Ah, ce n’est pas vendeur. Ne parlez pas de climat, ça fait fuir l’audience ». Le mot même de « climat » apparaît comme un terme compliqué qui fait référence aux maths, aux sciences, un « truc qui fait peur ».

Place to B est né de ce constat et de cette envie de faire bouger les lignes d’horizon sur ces questions, c’est une expérimentation grandeur nature. L’idée ? Rassembler des blogueurs, artistes, journalistes venant de différents milieux et qui veulent faire avancer les choses. Nous voulons réunir une communauté créative autour de cette question et leur offrir les moyens d’inventer des récits novateurs sur ces thématiques de l’écologie et du réchauffement climatique.

PtoB : Comment expliquer l’effet repoussoir de l’écologie ?

A-SN : la question de l’écologie a trop souvent été enfermée à deux niveaux :

  • scientifique, avec des débats d’experts, des chiffres et un jargon inaccessible au grand public
  • idéologique, avec des activistes qui peinent à en faire un sujet politique « sérieux et reconnu ».

On l’associe à un retour en arrière, à une image passéiste et trop militante.
Dans les médias, le traitement de l’écologie se borne trop souvent à un vernis. Ils ne parviennent pas à changer la grille de lecture. Et pour une personne qui n’est pas avertie ou convaincue, cette problématique paraît éloignée.

Un journaliste doit rapporter les faits, souligner une problématique mais ne doit-il pas aussi expliquer le monde qui change en soulignant les pistes d’avenir ? Tous les journalistes ne sont pas d’accord là-dessus. Certains estiment qu’ils doivent juste être le reflet des faits, rien de plus. Les journalistes écolos dans une rédaction sont souvent soupçonnés d’être peu objectifs.

bagieu-fr

La BD de Pénélope Bagieu a permis de faire connaître les conséquences de la pêche en eaux profondes et de faire signer la pétition de l’association Bloom.

PtoB : Comment pourrait-on changer cela ?

A-SN : La façon dont une information est délivrée fait qu’elle passe plus ou moins bien. Quand tu écris un article et que tu travailles ton titre, tu sais que le mot « climat », ça ne clique pas. En réalité, il faut parler de choses plus simples. Des choses du quotidien. Ou utiliser l’humour. Pénélope Bagieu et sa BD sur le chalutage en eau profonde, c’est un cas d’école ! Ou David Dufresne avec son documentaire Fort McMoney qui nous fait découvrir un sujet complexe par une expérience interactive. Puis Nicolas Hulot l’a prouvé récemment : casser les codes et détourner ce qui marche permet de toucher autrement le public.

Place to B veut offrir un espace où l’information de qualité et les solutions portées par la société civile ou les grands de ce monde rencontrent des formats d’expression plus adaptés à leur compréhension. L’objectif ? Encourager le passage à l’action.

 

A lire aussi: L’interview d’Isabelle Delannoy, La crise écologique est une crise mythologique

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